Renaît lentement de ses cendres.
 
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 SYMBOLISME DE LA CROISÉE DES CHEMINS...

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Hel
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MessageSujet: SYMBOLISME DE LA CROISÉE DES CHEMINS...    Sam 31 Oct - 7:19


SYMBOLISME DE LA CROISÉE DES CHEMINS... UN CARREFOUR TRÈS PAÏEN…






Le carrefour, anciennement appelé «croisée des chemins», fut depuis toujours un lieu chargé de hautes valeurs symboliques. Un véritable mysticisme magico-religieux envoûte les croisées des chemins, une dimension sacrée qui fut crainte et respectée par tous nos ancêtres païens. Même si d’évidentes traces de «superstitions» liées aux carrefours étaient largement répandues durant le moyen âge chrétien, il est clair que l’origine remonte au passé païen de notre bonne et vieille Europe. Ces traces christianisées sont largement présentes dans nos paysages européens où il n’est pas rare de trouver à un carrefour un petit autel en l’honneur d’une vierge ou d’un saint. Ce sont les restes visibles d’une tradition liée aux carrefours qui remonte à la nuit des temps. Voyons donc à présent ce qui se cache au plus profond de la croisée des chemins.
Le carrefour est un croisement de chemins dont toute l’importance se situe en son centre. Ce point central du croisement est identifié au centre de la roue solaire, le centre cosmique de toute chose, moyeu qui génère le mouvement vital de la roue des cycles. Il est le centre du monde. Dans la tradition germano-nordique, ce centre est lié au symbolisme de l’arbre cosmique Irminsul / Yggdrasil, axe central reliant les différents mondes entre eux. C’est par cet arbre mythique, que le Dieu Wodan / Óðin voyage dans les 9 mondes. Son cheval à 8 pattes, Sleipnir, lui permet de réaliser ces séjours chamaniques dans les différentes dimensions de la cosmogonie des anciens. Un des noms d’Óðin met ce Dieu en relation directe avec le symbolisme du carrefour, c’est celui de Vegtam, nom qui signifie «l’habitué des chemins». Le Dieu voyageur qu’est Óðin ne peut qu’être lié fortement à ce symbolisme de la croisée des chemins. Le carrefour associé entre autres aux changements du destin, est en cela un terrain propice pour un Dieu comme Óðin, car une de ses fonctions principales est liée à la manipulation des destinées.
Le carrefour comme centre du monde, est un lieu d’apparitions et de révélations. Les croisées des chemins sont peuplées par des génies généralement redoutables, que l’homme a tout intérêt à se rendre favorables. Il était coutume dans les traditions païennes, de dresser aux carrefours des pierres levées, des autels, des inscriptions sacrées, qui se transformèrent en petites chapelles avec leur récupération judéo-chrétienne. Le carrefour est un lieu qui incite à l’arrêt et à la réflexion, il invite à la méditation. Il est aussi un lieu de passage où le destin peut révéler un changement de route, un changement profond qui peut parfois mener à la mort ou à la renaissance cyclique, le passage d’une vie à l’autre. Des rituels bien précis devaient avoir lieu afin de se concilier les génies du lieu. Dans la tradition indo-aryenne comme dans bien d’autres, on invoquait les esprits de la croisée des chemins, ce qui se retrouve dans un des textes sacrés des Aryens, le Rig-Veda (Grhyasutra 1,6). Selon le rituel védique du mariage, si le char à bœufs des jeunes époux passe par un croisement, toutes les personnes du cortège s’écrient alors :
«Les démons qui rôdent, qui guettent, puissent-ils ne pas trouver les époux ! Que par de bons chemins ils se tirent de là. Que les démons s’enfuient en courant. Les deux roues de ton char, ô Sûryâ, les prêtres les connaissent bien. Pourtant, l’unique roue, cachée dans le secret, les inspirés savent seuls ce qu’elle est.»
Les roues du char sont ici mises en parallèle avec la roue solaire, la grande roue des destinées, dont le centre est figuré par le croisement des chemins.
Dans la tradition païenne des Grecs, le carrefour est également intimement relié à la notion de destin. Une des plus grandes tragédies grecques commence d’ailleurs à un carrefour où le célèbre Œdipe rencontre et tue son père Laïos. Suite à un long voyage par lequel il tentait de fuir sa destinée, c’est à un croisement des chemins que justement le destin le rattrape.
En chaque personne s’incarne un carrefour où les divers aspects de son être se rejoignent ou se combattent. Cette croisée des chemins, c’est l’arrivée devant l’inconnu, la partie occulte que tout le monde véhicule au travers de son inconscient. Face à ce monde inconnu, la réaction humaine la plus commune est la peur et l’inquiétude, des sentiments que tout le monde partage lors d’un changement de destin. L’orientation nouvelle qu’implique ce changement invite à des sentiments solennels et à une notion fondamentale qui est le pouvoir de décision. Choisir la bonne voie est en effet à ce niveau un élément incontournable. Arrêt au carrefour, réflexion, invocation, sacrifice, et décision, sont nécessaires pour celui qui veut continuer sereinement son chemin.
Le triple aspect de la Déesse-Mère régit les carrefours, car de nombreux exemples historiques relient la triple Déesse aux croisements. Elle incarne très souvent les différents aspects de la destinée, basés sur le principe de Vie-Mort-Renaissance. On connaît par exemples les Nornes de la tradition germano-nordique (passé-présent-futur), ou encore les Parques de la tradition gréco-romaine, entités divines directement liées au principe du destin. Mais la triple Déesse se révéla surtout dans la tradition gréco-romaine avec le triple aspect de la Déesse Aphrodite, ainsi que la combinaison des trois Déesses Hécate-Séléné-Artémis. Dans le cas d’Aphrodite, nous sommes en présence de trois phases évolutives connectées à la fonction de la Déesse de l’amour : pudeur, fécondité, et sexe. Ces stades de l’amour s’expriment au travers des différentes voies qui relient le carrefour, endroit où l’on pensait que l’aspect sexuel était particulièrement présent, car des trois phases, il est celui qui était le plus proche de l’inconscient humain, partie émergée d’un iceberg composé de nos plus nobles comme de nos plus virulents instincts. Il faut d’ailleurs noter au passage une étymologie très révélatrice : le mot latin qui signifie carrefour (trivium) est celui qui a donné le mot français de «trivial». Cette Aphrodite des carrefours est celle des amours de passage. Elle s’identifie en cela au bouc qu’elle chevauche tel qu’on peut le voir avec plusieurs exemples archéologiques. À droite sur la photo on peut en voir un exemple. Le bouc associé à la Déesse Aphrodite était fortement lié à son aspect sexuel, le tout placé dans le contexte de la fonction de la Déesse.
La triple Hécate est une autre connexion entre la triple Déesse et les carrefours. Elle rejoint en cela le triple aspect d’Aphrodite, avec ce détail en plus, qui est celui de la notion de Vie-Mort-Renaissance. Cette triple Déesse incarne trois phases lunaires, ce qui se révèle au travers des trois Déesses qui composent la triade lunaire: Séléné (la pleine lune des naissances), Artémis (le croissant de lune de la maturité de la vie), et Hécate (la nouvelle lune de la mort et de la renaissance). Carrefour et destinées sont ici aussi les mots-clés du profil divin. Des statues de la triple Hécate se trouvaient à de nombreux carrefours, les voyageurs y déposaient leurs offrandes afin de se rendre favorables les forces du destin. Il était aussi coutume de lui offrir des chiens en sacrifice, car ce dernier était le véhicule entre la Déesse de l’infra monde (Hécate) et le monde des hommes. Elle pouvait apparaître aux prêtres sous forme d’une jument, d’une chienne ou d’une louve, animaux sacrés aux valeurs hautement symboliques. Cet aspect occulte reliant le monde des morts avec celui des carrefours se retrouve également dans une autre Divinité de la tradition grecque, le Dieu Hermès. C’est son rôle de Dieu psychopompe qui le relie à celui des carrefours. Tout comme le Dieu Óðin de la tradition nordique, Hermès est un Dieu voyageur, régissant les déplacements entre les diverses dimensions. Si c’est aux carrefours que se tiennent Hécate et Hermès psychopompe (guide des morts), c’est parce que c’est l’endroit qui exige attention, réflexion, et vigilance, un lieu empli d’une force magique reliant ciel, terre, et infra monde. C’est à la croisée des chemins que l’on médite et qu’il faut choisir pour nous et en nous, c’est là que se révèle tout le pouvoir du destin et des différentes routes qu’il faut emprunter.
Dans la tradition romaine existait un autre culte reliant le destin aux carrefours, celui des Dieux Lares. Ces derniers avaient eux aussi de nombreuses statues aux croisées des chemins. C’est là qu’on venait faire des offrandes aux Lares afin de ne pas avoir un destin néfaste, et pouvoir bénéficier ainsi de leur protection, pour soi mais aussi pour tout le foyer familial, pour les champs ensemencés, pour le village, et pour sa lignée de sang. Près des autels dédiés aux Dieux Lares, il était coutume de placer un banc, invitant le voyageur à s’arrêter au carrefour pour le repos et la méditation sur la destinée des hommes.
Du 3 au 5 janvier on fêtait dans la Rome païenne les Compitalia en l’honneur des Lares du foyer et des croisements. Ce n’est pas un hasard si cette fête des Dieux Lares se célébrait au mois de janvier, car ce mois est celui de la transition et du renouveau dans le rythme cyclique du calendrier, la grande roue du temps et de l’éternel retour. Le nom même de «compitalia» vient de «croisée des chemins» (compitum), ce qui est un élément supplémentaire reliant les Lares au symbolisme du carrefour. Un autre lien symbolique, qui lui non plus n’est dû au hasard, est celui qui relie les Lares, les transitions, et le Dieu Janus. Juste après la fêtes des Lares se célébrait celle de Janus au 9 janvier. Le premier mois de l’année porte d’ailleurs le nom du Dieu, car janvier vient du latin Januarius, le mois de Janus. Il est le Dieu bicéphale, avec une tête tournée vers le passé, et une autre tête tournée vers le futur. Il est le Dieu des portes de l’année et préside tous les passages cycliques, connectant ainsi la destinée cosmique avec celle des hommes. Le lien direct ou indirect du Dieu Janus avec le symbolisme du carrefour semble assez clair pour ne pas laisser de place au doute.
Dans les Pyrénées, comme partout en Europe, on retrouve bien des restes de cet ancien culte aux croisées des chemins. Là ce sont des fantômes comme Tréva ou les Sinagries qui sont intimement liés à la crainte mythique des carrefours. Le fantôme Tréva est un héritage de la Déesse Hécate dont l’un des surnoms était justement «trivia», et les Sinagries étaient des chiens monstrueux, l’animal attribut de la Déesse Hécate. Pour plus de renseignements sur Tréva et les Sinagries, voir l’article suivant=> https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.306268396178642.1073741849.230064080465741/327677944037687/?type=3&theater
Ce mythe pyrénéen n’est pas qu’un héritage gréco-romain, il est aussi en partie celtique. La tradition celtique a laissé également de nombreux indices d’un fort culte dédié aux croisées des chemins. Chez les Celtes aussi on croyait que les croisements étaient particulièrement propices pour invoquer la destinée et les Esprits des autres dimensions. C’est à la croisée des chemins que l’on avait le plus de chance de pouvoir entrer en contact sonore ou visuel avec un Esprit. Pendant certaines nuits magiques, des nuits de transition cyclique dans le calendrier celtique, la rencontre avec ces Esprits était même inévitable. Ce sont principalement les nuits de Beltaine (1er mai) et celle de Samhain (1er novembre) qui ouvraient les portes à toute la magie liée aux croisées des chemins. Ce sont des dates hautement symboliques dans la grande roue des cycles selon la culture celte, car l’une célèbre les morts (Samhain) et l’autre célèbre la renaissance (Beltaine). On retrouve donc encore une fois ce symbolisme de Vie-Mort-Renaissance lié aux carrefours. Dans le Erzgebirge et le Harz, régions d’Allemagne qui ont conservé pas mal de coutumes héritées de leur passé celtique, on avait l’habitude de cracher par trois fois aux carrefours afin d’éloigner les mauvais esprits, le 3 figurant encore une fois le triple aspect Vie-Mort-Renaissance. On retirait aussi son chapeau et dessinait une croix à l’intérieur de celui-ci. Ici, la croix n’est bien-sûr pas celle du souffreteux sur son crucifix, elle est celle de la croisée des chemins et de la roue solaire. Ces mêmes régions allemandes sont aussi les héritières de traditions germaniques comme celles liées aux solstices. Et c’est à ces dates justement qu’il était coutume jusqu’à une période assez récente, de se retirer pendant la nuit solsticiale dans la forêt à une croisée des chemins. On formait un cercle de pierre afin de se protéger et de célébrer la roue des cycles. On se plaçait à l’intérieur du cercle avant minuit, et, on attendait dans le silence le plus absolu en prenant soin de ne réagir à aucun bruit ni à aucune ombre de la nuit. Passé minuit, on était censé avoir certaines visions du futur et du passé. Les jeunes filles par exemple espéraient voir ainsi le visage de leur futur époux tout comme les jeunes hommes désiraient connaître ainsi leur future épouse. On pouvait par ce rituel aussi voir et communiquer avec un défunt, un être chéri récemment décédé. C’était le moment également où l’on formulait trois vœux car à la croisée des chemins les Esprits sont favorables pour l’accomplissement de ces vœux. Ils pouvaient aussi aider dans les guérisons, car une guérison est une autre forme de changement du destin. Dans la région allemande d’Oldenburg, on avait pour habitude de déposer aux croisements un bout de bandage avec le pus du malade ou du blessé, afin que celui-ci soit guéri. Et, il existait même une étrange coutume qui conseillait à celui qui souffre de fièvre, de se placer à un croisement la tête en bas et de siffler trois fois. Et au-delà de son étrangeté, on retrouve ici aussi le symbolisme magique lié aux carrefours : la tête en bas agit comme une contre-fièvre, on retourne le destin en sa faveur, un changement symbolique de chemin ; le fait de siffler est lié au souffle vital et à la naissance même de la vie ; et quant au chiffre trois, on retrouve encore et toujours le principe de Vie-Mort-Renaissance qui est ici le principe actif de la guérison.
Il faudrait encore bien plus de chapitres pour compléter cette analyse du symbolisme de la croisée des chemins, car le sujet est vaste et très dense. Cette approche de son symbolisme aura permis au moins de prendre conscience de l’importance que revêt le carrefour dans nos anciennes traditions païennes d’Europe, une Europe qui se retrouve comme tant d’autres fois durant son histoire à la croisée de son destin, et qui aurait bien besoin que ses fils se souviennent de leurs véritables racines culturelles et religieuses, des racines qui devraient lui permettre de faire face aux pires agressions. Mais sans racines profondes, l’arbre Europe menace sérieusement de s’écrouler, il est donc grand temps de se rendre à une croisée des chemins et de méditer sur la question de notre avenir.
Hathuwolf Harson.
Sources :
« Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant
« Kleines Lexikon des Aberglaubens », Ditte und Giovani Bandini

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